Mon premier pique-nique en altitude oublié au gîte m’a coupé le souffle à 14 h 20, sur un replat de schiste, avec la gorge sèche et 27 euros déjà partis au gîte des Myrtilles. Depuis du côté de Foix, je suis partie une journée en haute Ariège pour cette marche, avec mon compagnon, sans enfants, et un sac que je croyais prêt. J’ai cru que le repas suivait dans la poche latérale. Il n’y avait que les couverts et la gourde.
Le jour où j’ai compris que j’avais oublié le pique-nique et que ça allait mal tourner
Le matin était clair, presque trop. Météo-France annonçait un ciel net, et le gîte sentait encore le café, le pain grillé et le linge un peu chaud. Avec mon compagnon, sans enfants, j’ai rempli le sac trop vite, en me disant que tout y était. J’étais sûre de moi, et c’est là que j’ai lâché le vrai contrôle.
Au premier arrêt, j’ai secoué le sac. Le bruit du papier vide a claqué comme une petite gifle. Quand j’ai ouvert la fermeture, j’ai vu seulement les couverts, la serviette et la gourde. Le repas était resté sur la table du gîte, puis au frigo, comme si la montagne pouvait attendre.
Je me suis retrouvée debout devant le vide, avec ce silence idiot qu’on a quand on a compris trop tard. Mon ventre a gargouillé au moment où je me suis assise sur un rocher, et j’ai senti la faim se mélanger à la soif. Mes jambes se sont faites molles dans la montée suivante, et la tête m’a tourné juste assez pour me rendre grognonne. Pas terrible. Vraiment pas terrible.
Je n’ai pas besoin de jouer la spécialiste pour dire ce que j’ai ressenti. La chaleur, l’effort et le départ trop léger m’ont laissé une bouche sèche, puis un léger mal de tête, puis une fatigue qui a plombé la suite. Les repères de la Fédération Française de la Randonnée Pédestre m’ont sauté au visage après coup, parce qu’ils vont dans le sens du simple bon sens : quand l’eau manque et que le repas n’arrive pas, le corps me le fait payer. J’ai simplement reconnu le signal que j’avais ignoré.
La spirale infernale de la faim mêlée à la soif qui m’a vidé de mon énergie et de mon moral
Le reste de la journée s’est étiré comme un mauvais élastique. J’avais encore 4 heures sans vrai apport derrière moi, et juste une gourde presque vide qui cognait contre la hanche. Je suis devenue grognonne pour une remarque minuscule, puis plus lente sur chaque relance. L’odeur du fromage et du pain des autres pique-niqueurs me montait au nez, et ça me tordait l’estomac plus que la pente.
Ce qui m’a frappée, c’est que je mélangeais tout. Je croyais manquer seulement d’eau, alors que mon corps réclamait aussi à manger depuis le matin. La Fédération Française de la Randonnée Pédestre insiste aussi sur le rythme des pauses, et je comprends mieux pourquoi ma concentration s’est effilochée.
Au refuge, j’ai pris un snack à 11 euros, puis un autre petit achat à 12 euros parce que je n’avais plus l’envie de faire le difficile. J’ai aussi perdu 58 minutes à chercher une table libre, puis une boisson fraîche, puis un coin à l’ombre. Ce détour m’a laissé avec le sentiment d’avoir payé pour une erreur bête. J’avais gardé le sac léger, et c’est ma journée qui a fini légère, elle aussi.
J’ai hésité à continuer jusqu’au col ou à rebrousser chemin. Mes jambes flanchaient à chaque faux plat, et la fatigue avait pris la place du plaisir. Je regardais la pente avec une petite peur froide, celle qui dit qu’une sortie peut basculer pour un détail minuscule. J’étais vexée, parce que le paysage était beau et que mon estomac, lui, n’en avait rien à faire.
Ce que j’aurais dû faire pour éviter cette spirale et comment je prépare mes sorties aujourd’hui
La veille au gîte, j’aurais dû sortir le pique-nique du frigo et le poser dans le sac, sans compter sur ma mémoire. J’aurais dû laisser ce sac près de la porte du gîte, bien visible, au lieu de faire confiance à ma tête encore pleine de marche. Avec les sorties et les départs ratés derrière moi, j’ai vu assez pour savoir qu’un oubli se paie vite. J’ai appris ce genre de détail plus sûrement que les grandes phrases.
Le matin même, le signal était déjà là. Le petit déjeuner était trop léger, j’avais la bouche sèche, et je n’avais aucune collation de secours dans le fond du sac. J’ai été frappée par le bruit creux quand je l’ai secoué, ce petit froissement qui ne trompe pas. Le paquet de biscuits resté sur la table du gîte me revenait en tête comme une faute toute simple.
Après cette sortie, j’ai préparé le repas la veille et j’ai laissé le sac contre la porte. J’ai glissé une pomme, deux biscuits et une barre dans une poche séparée, parce que le vide du sac m’avait assez parlé comme ça. Je suis devenue plus méfiante de ma propre précipitation, et le matin a perdu son côté bancal. Je vis ça comme un réflexe de terrain, pas comme une théorie.
J’applique le même principe à mes sorties : garder l’essentiel, couper le superflu. Les couples et les familles qui me lisent me disent le même type de chose après coup : quand le repas est prêt la veille, la pause cesse d’être une course. Pour les plus jeunes, si la fatigue ou la soif reviennent de manière marquée, mieux vaut faire une pause longue ou rentrer, parce que là je ne sais pas aller plus loin.
- j’ai quitté le gîte sans rouvrir le sac une dernière fois
- j’ai compté sur un achat de dernière minute sur le chemin
- j’ai laissé le petit déjeuner trop léger me porter jusqu’à la montée
Ce que cette erreur m’a appris sur moi, la randonnée et la sécurité en montagne
J’ai gâché une journée qui devait rester douce. Le décor au-dessus du gîte des Myrtilles avait tout pour devenir un beau souvenir, et je l’ai laissé se plier sous une faim bête. Je me suis sentie impuissante devant ce ventre vide qui gagnait minute après minute. Le plus rageant, c’est que la balade était belle et que je n’avais rien à lui reprocher.
Ce jour-là, j’ai compris qu’une faim mêlée à la soif peut me mettre au bord du faux pas, même sans drame visible. Avec mon compagnon, sans enfants, nous avons avancé moins vite, et le plaisir s’est effacé avant la fin du sentier. Pour quelqu’un qui accepte de marcher 4 heures sans vrai repas, la sortie devient vite bancale. Je n’ai pas eu besoin d’un discours plus grand que ça.
Le bruit humiliant du sac qui ne contient rien, ce froissement du papier vide, restera gravé dans ma mémoire comme le signal sourd de ma négligence. J’ai aussi gardé la sensation du rocher chaud sous les cuisses, avec la bouche qui collait et le regard un peu vide. J’aurais aimé le savoir avant, parce que tout le reste m’a paru plus long à partir de là. J’ai été frappée, au fond, par la simplicité crue de cette erreur.
Je suis rentrée avec un goût sec dans la bouche et un vrai regret de ne pas avoir pris ce temps de la veille. « Ce jour-là, assise sur ce rocher, j’ai compris que ma bouche sèche n’était pas qu’un simple coup de chaleur, mais le début d’une spirale qui allait vider mon corps et mon moral. » J’avais laissé filer 27 euros pour réparer l’oubli au refuge, et j’aurais préféré garder ce repas dans le sac du gîte des Myrtilles. Si j’avais su ça avant, la journée ne se serait pas terminée avec ce vide-là.




